À Meriam Ibrahim

Mon péché mignon, c'est l'injuste justice des impossibles possibles,
La liberté oppressée d'un rêve éveillé.

Mon péché mignon, c'est la juste faute d'innocents fautifs,
L'irréparable erreur des néfastes lueurs.

Ma pureté grossière, c'est la dénonciation des procès aux sorcières, des chasseurs de démons.

Ma coupable vertu, c'est d'aimer cette haine et de la prendre au corps,
De la serrer si fort qu'elle s'étouffe en son for.

Si nous essayions tous de rassembler nos mots,
Pour crier qu'ils sont fous, pour hurler qu'ils ont tort,
Il n'y aurait plus d'impossibles possibles, d'injustes justices.

Il y a dans ce monde, une femme agonisant,
Pour qui le mot péché, rime avec pendaison
De religion chrétienne, elle endure la peine,
De son péché mignon: elle refuse l'abjuration.

Meriam Ibrahim au Soudan, mise à mort,
Du fond de sa cellule, attend un réconfort.
Son enfant de vingt mois, fixement nous observe,
Et l'enfant de huit mois qu'en son corps elle porte,
Décentre nos regards, implore notre verve,

Prenez mon péché mignon, faites-en gourmandise,
Délivrons l'insoumise, captive d'opinion,
Qu'on oublie l'oxymore qui nous culpabilise.
Sonnons de notre voix l'heure de la rédemption.